Traduire l’Évangile en argot peut sembler déroutant, voire provocateur, mais ce choix répond à plusieurs intentions théologiques, pastorales et linguistiques sérieuses.
Il y a d’abord une logique d’incarnation du langage. Le christianisme affirme que la Parole s’est faite chair. Le langage fait partie de cette « chair » : il est social, culturel, populaire. Traduire en argot, c’est refuser la sacralisation d’un registre linguistique unique pour rejoindre des façons de parler concrètes, vivantes, parfois marginalisées.
Ensuite, un enjeu missionnaire et pastoral. Comme Martin Luther traduisit la Bible en allemand courant, l’objectif est de rendre le texte compréhensible sans médiation savante. Aujourd’hui, pour certains publics – jeunes, milieux populaires, personnes éloignées de la culture religieuse –, l’argot peut être plus parlant que le français classique.
Mais s’y ajoute également une dimension critique. Une traduction en argot peut déstabiliser les habitudes de lecture et, ce faisant, faire entendre autrement des textes trop connus. Par ailleurs, elle veut révéler la radicalité ou la crudité de certaines paroles de Jésus, souvent trop adoucies par les traductions traditionnelles.
Pasteur au service de l’Église Protestante Unie de France depuis un quart de siècle, Matthieu Cavalié exerce son ministère pastoral à Rochefort. Animé par une passion profonde pour la richesse et la subtilité des textes bibliques, il met son énergie et son engagement au service de ’Évangile dans sa communauté.
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