Roman policier, fresque historique, essais… Le Lys Bleu Éditions vous propose une sélection de titres phares disponible en retours illimités, pour enrichir votre offre en toute sérénité.
Commander sans crainte de l’invendu : c’est la promesse de cette nouvelle sélection Le Lys Bleu Éditions. Des ouvrages aux univers résolument différents, mais tous portés par une écriture forte et une actualité éditoriale qui parlera à vos lecteurs.
Un couple heureux, solaire. Un ami à la dérive. Une femme dont la douceur infléchit le cours des destins. Autour de Zahra, les blessures s’apaisent, les âmes cabossées retrouvent leur souffle, et l’espoir, peu à peu, se fraie un chemin. La fleur de Paris, Zahra raconte une renaissance au cœur de l’exil : celle de ceux qui, grâce à l’amour, à la patience et à la chaleur humaine, trouvent la force de se relever. Dans un petit appartement parisien, la lumière s’infiltre dans les fissures du quotidien, et un simple geste peut parfois réparer une vie…
Farid Mechouche est un auteur algérien établi au Canada. Issu d’une formation technique, il s’est construit en autodidacte, forgeant patiemment une plume nourrie par la littérature moderne, maghrébine et française. Écrivain d’expression française, il laisse émerger un univers personnel, et signe avec ce premier ouvrage le début d’un parcours littéraire prometteur.
Viladimir a grandi à Norilsk, cité sibérienne, rongée par la pollution, la misère et le désespoir. Pour quelques roubles et l’illusion d’un avenir, il s’engage dans l’armée russe. Mais en Ukraine, derrière le mensonge de « l’opération spéciale », il découvre la brutalité d’une guerre qui broie les hommes. Hanté par ce qu’il est devenu, Vladimir sombre dans une nuit intérieure peuplée de douleurs et de cauchemars. Lorsqu’il remonte enfin à la surface, ce n’est plus un homme qui revient, mais un prédateur. Animé par une vengeance glaciale, il entreprend de traquer les responsables de sa déchéance.
Patrice B-Rittener a poursuivi des études universitaires, avant d’embrasser une carrière dans le journalisme. Amoureux des lettres, il est l’auteur de treize romans publiés. Dans ce nouveau récit, il entraîne le lecteur dans l’intimité d’un conflit implacable, la guerre en Ukraine, à travers le destin bouleversant d’un jeune Sibérien engagé dans « l’opération spéciale ».
Dans un monde où la magie n’est accordée qu’aux êtres jugés dignes par les Élémentaires, de puissants esprits divins, Ixen voit son destin basculer lorsqu’elle rejoint l’ordre secret des vigilants, chargé de faire respecter les lois magiques. Mais l’organisation est désormais sous l’emprise d’un tyran corrompu par les forces de l’ombre. Traquée et contrainte de se battre pour protéger les siens, Ixen devra affronter un pouvoir qui semble invincible. Rebelle et indomptable, saura-t-elle survivre à cette guerre sans y perdre son âme ?
Juriste de formation, Nat Joris a exercé pendant vingt-cinq ans au sein du service diplomatique français avant de se tourner vers le coaching en développement personnel. Installée à Bruxelles depuis 2021, elle se consacre désormais pleinement à l’écriture, où elle met à profit son expérience, son sens de l’observation et son intérêt pour les parcours humains. La fin des secrets, premier tome de la saga Les vigilants, est son deuxième ouvrage publié aux éditions Le Lys Bleu.
En janvier 2024, Aldric Singher reçoit une révélation : il doit s’immerger au cœur du Sahara, auprès des Touaregs, les fameux « hommes bleus ». Il choisit alors la région du Tadrart Rouge. Cette terre abrite d’extraordinaires peintures rupestres, œuvres du mystérieux peuple des Têtes rondes, qui vivaient là il y a plus de 7 000 ans, lorsque le Sahara n’était pas encore la fournaise aride d’aujourd’hui, mais un Éden verdoyant. Seul au milieu de ses hôtes, partageant leurs conditions de vie, il tient, au cours de son périple, un carnet de voyage où sont consignées, jour après jour, anecdotes, péripéties et découvertes.
Aldric Singher est né en 1965 en région parisienne. Après des études de droit et de sciences politiques, il mène une carrière de trente ans dans l’administration. En quête de sens, il choisit de réorienter sa vie vers une démarche plus intérieure, tournée vers l’écriture et le voyage, et devient écrivain-voyageur. Il vit depuis plus de vingt ans au pied du Luberon.
En 1977, Pierre Conty, fondateur de la première communauté néorurale en Ardèche, commet un triple meurtre avant d’entamer l’une des plus longues cavales de l’histoire judiciaire française. Près de cinquante ans plus tard, le journaliste d’investigation Jean-François Laville — auteur de Viré (Plon), Aux sévices de l’Église (Récamier) et La Face cachée des JO (JC Lattès) — reconstitue cette traque hors norme et dresse en creux le portrait d’une jeunesse en quête d’utopies. Premier titre de la collection Révélations, cet ouvrage séduira les amateurs d’enquêtes fouillées autant que les lecteurs d’histoire contemporaine.
Que devient-on après Orgueil et Préjugés ? Marie-Laure Sébire, juriste parisienne devenue romancière par passion pour Jane Austen, imagine une suite fidèle et respectueuse à l’œuvre culte, entre les murs de Pemberley. Un roman qui touchera directement le lectorat fidèle des adaptations et réécritures autour de Jane Austen — un segment porteur en librairie.
Médecin généraliste pendant 35 ans, titulaire d’une licence de la fédération française de tir et expert honoraire près la Cour d’appel de Nancy, Jean-Loup Pecqueux livre un ouvrage de référence qui dépasse le seul cadre de la chasse et du tir de précision pour couvrir l’armée, la police, les atteintes aux personnes et aux biens ou encore le terrorisme. Un socle de connaissances qui trouvera sa place aussi bien en rayon spécialisé qu’auprès d’un public curieux de comprendre l’actualité sécuritaire.
Un texte court et incisif, qui installe d’emblée son lecteur dans l’intimité troublante d’un après-meurtre. Un format qui se prête particulièrement à la mise en avant en tête de gondole ou en table de nouveautés.
Ces quatre titres bénéficient des retours illimités mis en place par Le Lys Bleu Éditions : vous pouvez les mettre en avant en rayon, tester leur potentiel auprès de votre clientèle, sans immobiliser votre trésorerie sur de l’invendu.
Au printemps 1964, lors d’une soirée parisienne, Salvador Dalí croisa Charles Aznavour.
Le peintre à la moustache altière et à l’œil pétillant d’ironie s’adressa au chanteur :
Possédez-vous une de mes œuvres ?
Et Charles, avec un demi-sourire, répondit :
Voyons, maître, je n’en ai pas les moyens !
Sans se départir de sa superbe, Dali répliqua :
Qu’à cela ne tienne, je vous ferai un faux Dalí !
J’avais alors vingt-deux ans. Comment aurais-je pu imaginer qu’à partir de cette année, ces deux hommes d’exception allaient infléchir le cours de ma vie ? Comment concevoir qu’un jour, le premier deviendrait mon maître, mon père spirituel, et le second, mon ami, mon guide, mon mentor ?
Cette même année 1964 marquait l’apogée de Charles Aznavour. Tout lui réussissait, tout lui appartenait, la gloire, la fortune. À la tête d’un véritable empire qu’il dirigeait avec l’instinct d’un chef d’entreprise, il multipliait les succès et les placements avisés. Sa richesse matérielle se nourrissait de sa fécondité artistique ; il écrivait, composait, chantait sans relâche. De New York à Moscou, son nom résonnait sur toutes les scènes du monde. Il était acclamé comme nul chanteur français ne l’avait été avant lui. Et pourtant, fidèle à son exigence, il refusait obstinément de se produire gratuitement, contrairement à certains qui, pour savourer la ferveur du public, acceptaient de chanter sans autre récompense que les applaudissements.
Il est né le 22 mai de l’année 1924 sous le nom de Shahnourh Varinag Aznavourian dans un hôpital pour indigents, au 89 rue d’Assas, dans le sixième arrondissement de Paris, près de la rue Monsieur-Le-Prince. Ses parents l’avaient prénommé Shahnourh, mais la sage-femme leur conseilla de changer d’avis. « Trop compliqué à écrire, et imprononçable ! Appelez-le Charles, tout simplement. »
Son père, Mamigon Aznavourian, surnommé Misha, était, comme l’avait écrit Charles : « Un être merveilleux et fantasque, travailleur responsable mais piètre homme d’affaires, plus doué pour pousser la chansonnette que pour gérer une entreprise. Mais surtout, c’était un optimiste ; pour lui, les lendemains n’étaient faits que pour changer les choses, en mieux. Il nous a appris à (sur)vivre à toutes les difficultés que nous avons rencontrées, nous, les enfants d’émigrés apatrides. » Quant à sa mère, Knar Baghdassarian, issue d’une famille de commerçants arméniens de Turquie, il dira : « Quoique de formation littéraire, elle a trouvé de petits boulots de couturière, mais leur passion à tous deux, c’était les spectacles qu’avec leurs amis émigrés ils montaient pour égayer la diaspora. J’ai ainsi grandi entouré de beaucoup d’amour, et de peu de moyens. »
L’adolescence de Charles s’est donc passée au sein d’une famille unie, avec une passion commune pour la musique, la danse et le chant. Mais c’est sa sœur Aïda qui fut sa plus précieuse alliée. Ils avaient tous deux quitté l’école pour courir les salles de spectacles, les minables cachets, et jusqu’à sa mort, elle lui resta une fidèle amie, une confidente et une conseillère.
Nous avions un tourne-disque à la maison, un pick-up comme on disait à l’époque, que mon père avait acheté à Claude Corbin, le propriétaire du seul magasin de disques de Pointe-à-Pitre. Le soir, on écoutait de la musique orientale, et Charles Aznavour. Mon frère nous avait offert son dernier 33 tours sorti en décembre 1963. Sur les deux faces, des titres qui devaient passer à la postérité, sous la direction musicale de Paul Mauriat. Sur la face A, La Mamma, Si tu m’emportes, Je t’attends, et Sylvie. Sur la face B, Et pourtant, Les aventuriers, Tu veux, Le temps des caresses.
La Mamma avait été écrite par Robert Gall, le père de France. Une certaine presse rapportait que le texte était autobiographique. Aucun chanteur ne voulait cette chanson, sauf Charles Aznavour qui l’avait mise en musique. Deux ans plus tard, il l’offrit aux Compagnons de la chanson, mais entre-temps, le succès fut tel qu’il séduisit le grand Ray Charles en personne, qui la chanta sous le titre For Mamma.
Le disque tournait en boucle tous les soirs chez nous, dès que ma mère revenait du magasin. Elle y tenait la caisse tout en fumant une Lucky Strike après l’autre jusqu’à en jaunir l’index et le majeur de sa main gauche, laissant libre la droite pour ouvrir et fermer le tiroir-caisse avec une déconcertante dextérité.
Bon sang ne saurait mentir, et celui de l’Arménien qu’était Charles Aznavour lui avait insufflé, dès que sa stature d’artiste franchit les frontières de l’Hexagone, un sens aigu et rigoureux des affaires. Peu d’interprètes français surent, comme lui, mesurer la portée commerciale de leur talent. Avec une lucidité rare, il entreprit de chanter ses succès dans les principales langues d’Europe, anglais, espagnol, italien, et même allemand, langue qui, disait-on, lui causa bien des tourments tant sa sonorité gutturale malmenait son timbre. Il fallait une audace peu commune pour oser entonner Du lässt Dich geh’n, la version allemande de Tu t’laisses aller. Mais la persévérance d’Aznavour, inébranlable, triompha des obstacles.
Grâce à cette obstination tranquille, il finit par diriger un véritable empire : une société ramifiée en plusieurs filiales, employant une cinquantaine de collaborateurs, comptables, juristes, conseillers, tous dévoués à la gestion méthodique de son œuvre et de sa fortune.
Dès mon adolescence, l’obstination s’était, elle aussi, inscrite au cœur de mon caractère comme une seconde nature. Je n’avais certes pas la liberté d’action de Charles, mais je possédais une volonté motivante inflexible, en dépit du refus de mon père à devenir peintre. Il m’était impensable de travailler sous son autorité, et pour lui, inconcevable que son fils puisse songer à autre chose qu’à tenir l’un de ses magasins. Ce heurt d’intransigeances opposées devait, au fil des mois, prendre une ampleur aux conséquences dramatiques.
En attendant qu’un heureux signe providentiel se manifeste, je peignais en secret. Je me sentais étranger à ce monde désormais stérile, où pas un jour ne s’écoulait sans qu’une pensée pour mon avenir ne vienne raviver ma solitude. Livré à moi-même, je laissais mes journées s’étioler dans une passivité consentie, sans m’interroger davantage sur les plaisirs que m’accordait la vie. Une existence fragile, délicieusement vacillante, conduite avec inconscience. Mais les vies trop faciles ont ce poison subtil qu’à force de douceur, elles deviennent soporifiques.
Certains jours, j’avais l’impression de nager dans un impérissable bonheur, et d’autres, je me sentais étouffé par un état moral déficitaire. Tout en me contentant de la quiétude de cette vie d’indolence, je réalisais qu’elle ne répondait pas à mes ambitions bouillonnantes. Mon oisiveté d’alors obstruait mon réel désir de progresser, et comme pour prouver la véracité de mon raisonnement, je comprenais que ma vocation nécessitait des sacrifices auxquels je n’étais pas prêt à faire face.
Je continuais cependant à peindre, jusqu’au jour où mon père cessa de me le reprocher, sans doute convaincu que mon obstination était vouée à l’échec, et que le temps finirait par briser la route d’un rêve qui n’existait que dans le flou de mon esprit. Il se trompait, mais je le laissais croire le contraire, ne voulant éveiller en lui aucun soupçon. Depuis plusieurs mois, j’économisais chaque franc de mon argent de poche, avec pour seul objectif de quitter la Guadeloupe.
En certaines périodes, je peignais plus intensément que d’autres, toujours avec la même passion, et plus de conviction, avec l’espoir de voir un jour la chance m’ouvrir ses portes. Peu à peu, en transposant mes rêves en une réalité future, mes impressions négatives s’effacèrent pour laisser la place à d’autres perspectives.
Les tableaux s’entassaient dans ma chambre. Mes thèmes évoluaient au gré de mes états d’âme. Certains d’entre eux me communiquaient une force intérieure grandissante. J’exploitais cette énergie, elle transformait mes besoins en exigences. Lorsque je travaillais, le temps restait retenu au-dessus d’un monde irréel. Je ne retouchais jamais aucun de mes tableaux. Une fois signés, ils ne devaient plus être modifiés.
J’avais commencé à suivre des cours de dessin et de peinture par correspondance, avec un institut privé parisien. Mes parents l’ignoraient. Seule ma sœur Jocelyne était au courant. Elle m’aidait à payer mon enseignement tout en se désolant de voir notre père s’opposer obstinément à ma passion. Il lui arrivait de venir s’asseoir derrière moi et me regarder peindre en silence. Parfois, elle me répétait que je n’avais rien à apprendre des professeurs. Ses mots me faisaient chaud au cœur, mais je ne parvenais pas à totalement briser mes incertitudes. Elle ne me quittait jamais sans un encouragement, sans m’inciter à persévérer, à faire preuve de patience, convaincue comme moi que le jour arriverait où la chance m’aiderait à trouver le bon chemin.
Charles Aznavour était rentré en France après une tournée aux États-Unis. Le 30 mars 1963, quelques mois avant la sortie de La Mamma, il avait donné un concert au Carnegie Hall alors qu’une grève des transports frappait New York depuis cent treize jours. Rendu célèbre outre-Atlantique par son dernier rôle d’Edouard Saroyan que lui avait offert François Truffaut dans son film Tirez sur le pianiste, Charles se produisit dans la mythique salle new-yorkaise affichant complet devant un public conquis, chantant aussi bien en français qu’en anglais, passant avec aisance de You’ve let yourself go (Tu t’laisses aller) aux Mômes de mon quartier, pendant près de deux heures, sous les applaudissements ininterrompus.
D’un côté, il connaissait un succès croissant comme peu de chanteurs français en avaient le privilège, d’un autre il était moqué pour sa voix et son physique critiqué par des esprits malveillants. « Quels sont mes handicaps ? Ma voix, ma taille, mes gestes, mon manque de culture et d’instruction, ma franchise, mon manque de personnalité ? Ma voix, impossible de la changer. Les professeurs que j’ai consultés sont catégoriques : ils m’ont même déconseillé de chanter. Je commençais à me faire un petit nom mais plus en tant qu’auteur-compositeur. Ce fut une période merveilleuse même si les critiques étaient cruels. Je chanterai pourtant, quitte à m’en déchirer la glotte. D’une petite dixième, je peux obtenir une étendue de près de trois octaves. Je peux avoir les possibilités d’un chanteur classique, malgré le brouillard qui voile mon timbre. De la ténacité, j’en ai eu, et elle a payé. »
La reconnaissance publique, venue à force de volonté et une insatiable fringale de créativité, semblait le doper contre les critiques dont il n’avait cure, au point d’entreprendre un nouveau challenge, celui d’actualiser ses plus grands succès. Il était à l’époque sous contrat avec son ami Eddie Barclay et il avait repris, au début de 1964, une quarantaine de titres sous la forme de trois albums dans lesquels son public écoutera Jezebel, J’en déduis que je t’aime, Au creux de mon épaule, Le palais de nos chimères, L’amour à fleur de cœur, C’est merveilleux l’amour, Sur ma vie, Vivre avec toi, Sa jeunesse, J’aime Paris au mois de mai.
Parallèlement, il poursuivait une carrière d’acteur dont il considérait l’importance sans doute égale à celle de chanteur, d’autant plus que son physique si vilipendé avait paradoxalement semblé lui devenir un atout. Depuis Tirez sur le pianiste, qui lui avait valu un succès non seulement en Europe mais outre-Atlantique, les titres se succédaient, qui devaient rester dans l’histoire du cinéma français : Le passage du Rhin, Un taxi pour Tobrouk, Les lions sont lâchés, Les quatre vérités, Le rat d’Amérique, Le diable et les dix commandements. On ne pourra pas en dire autant de tous les films de sa carrière d’acteur, nombreux ayant été des échecs, comme le fut Haute fidélité, en 1964, un film à sketches dans lequel il avait joué le rôle de Giulio aux côtés de Claire Bloom. Des revers non pas en raison de son interprétation, mais d’une incohérence dans les quatre scénarios et d’une réalisation médiocre dans l’ensemble.
En marge d’une vie calquée sur la nonchalance et la désinvolture, j’avais un ami, Guy Lacascade, plus âgé que moi de quinze ans. Il était propriétaire d’un bel hôtel de style colonial situé à Dolé, en pleine nature, sur la Basse-Terre. En dépit de notre différence d’âge, nous nous étions liés d’une franche amitié et d’une inexplicable complémentarité d’analyse que nous acceptions sans jamais avoir eu à l’analyser.
Un jour de février 1964, je remontais la rue Frébault lorsque Guy m’appela.
« Devine qui vient passer quelques jours en Guadeloupe ? » avait-il crié de son trottoir avant de me rejoindre.
À peine arrivé à ma hauteur, il prolongea sa question par une nouvelle qu’il avait sans doute hâte de m’apprendre : « Charles Aznavour ! Il va donner quatre concerts à Pointe-à-Pitre et il a réservé des chambres à mon hôtel ! »
J’étais sceptique. Guy avait une façon bien à lui de lancer les plaisanteries, avec un calme de pingouin, de sorte qu’on ne pouvait que le croire. Cette fois, devant sa mine qui en disait long sur son euphorie, je ne pouvais effectivement que le croire. Mais à mes yeux, de l’entendre m’annoncer avec un mélange d’exaltation dans la voix et de brillance dans les yeux que Charles Aznavour serait bientôt de passage ici tenait d’une imagerie surréaliste.
Je venais d’achever un tableau représentant deux mains aux doigts décharnés, crispées sur des barreaux. L’ensemble baignait dans une dominante de rouges allant du carmin au bordeaux en passant par l’amarante, l’ocre et le pourpre. Les mains, peintes en gros plan, se détachaient sur un fond écarlate que ma sœur avait jugé agressif.
J’avais titré ce dernier tableau Mourir à l’aube. Le résultat était terrifiant, angoissant. Après l’avoir terminé et signé, je l’avais glissé sous mon lit, redoutant le pire à la seule pensée que mes parents le découvrent. Il devait rester à cette place jusqu’à ce qu’un événement extraordinaire en décide autrement.
Vingt ans plus tard, mon ami Abdallah Naaman, alors attaché culturel à l’ambassade du Liban à Paris et écrivain reconnu, publia un ouvrage consacré aux grandes familles libanaises établies en France, Histoire des Orientaux de France du Ier au XXe siècle. Il y évoquait la dynastie Al Dahdâh à laquelle j’appartiens, et me décrivait comme un artiste écorché vif. Peut-être avait-il perçu en moi une personnalité profondément tourmentée, et pourvue d’une tension intérieure précoce que je tenais sans doute du premier visage du Christ peint dans mon adolescence. Cette marque devait me suivre longtemps, comme une empreinte indélébile, jusqu’au jour où, bien plus tard, je parvins à m’en libérer.
Au mois d’avril 1964, du 27 au 30 précisément, Charles donna quatre concerts à La Renaissance, la seule salle de cinéma de Pointe-à-Pitre. Le bâtiment, ancien, de style colonial, se dressait sur la place de la Victoire. J’assistai à chacun des concerts, accompagné de trois amis.
Chaque soir, les deux étages du cinéma étaient pleins à craquer. La salle vibrait d’une attente électrique. Charles revenait d’une tournée internationale qui l’avait de nouveau mené aux États-Unis avec une seconde représentation au Carnegie Hall le 4 avril, puis à Ottawa, à Québec, où il avait revu son vieil ami pianiste Pierre Roche. De là, il avait rejoint Los Angeles pour y donner, le 17 avril, son premier récital au Civic Auditorium, puis à San Francisco pour un soir.
Chez Le Lys Bleu Éditions, la rentrée se conjugue avec effervescence. Salons du livre, médiathèques, librairies indépendantes, fêtes de village et grands rendez-vous régionaux : nos auteurs reprennent la route dès la mi-septembre pour aller à la rencontre de leurs lecteurs. Voici le programme complet de ce mois de septembre 2026.
Salon du Livre de Wallonie (Lotto Mons Expo, avenue Thomas Edison 2, Mons — Belgique), 10h-18h :
Festival du Livre de Nantes (25 au 27 septembre) :
Autres rendez-vous du samedi 26 septembre :
Autres rendez-vous du dimanche 27 septembre :
De l’Aube à la Wallonie, du Périgord aux Hauts-de-France, cette rentrée illustre une fois de plus la vitalité du Lys Bleu Éditions et l’attachement de ses auteurs à leurs lecteurs. Chaque rencontre, chaque dédicace, prolonge la vie d’un livre bien au-delà de ses pages.
Retrouvez tous nos auteurs près de chez vous ce mois-ci — et n’oubliez pas votre exemplaire à faire dédicacer !
❤️ Le plaisir de lire, le bonheur de rencontrer Le Lys Bleu Éditions
Salons littéraires, prix et résidences… plusieurs échéances majeures tombent avant la fin du mois de septembre. Voici notre sélection, avec un focus sur les opportunités les plus adaptées au profil de nos auteurs francophones — de France, d’Afrique, des diasporas et du Canada.
Dépôt : 30 septembre
e prix, porté par le CIFORDOM, s’adresse aux auteurs francophones du monde entier, publiés ou non, et valorise particulièrement les voix africaines, ultramarines et diasporiques — un profil qui correspond à une large partie de notre catalogue. Deux catégories sont ouvertes ce mois-ci : Mémoire (roman, récit, document ou essai) et Poésie, pour tout ouvrage paru entre le 1ᵉʳ octobre 2025 et le 30 septembre 2026. Aucun frais de participation n’est indiqué ; il suffit d’envoyer deux exemplaires papier au CIFORDOM. À qui le conseiller : nos auteurs de mémoire, récit, essai ou poésie publiés dans cette fenêtre, en particulier ceux dont l’œuvre dialogue avec l’histoire et les mémoires du Sud.
Dépôt : 30 septembre, 23h59 — Salon et cérémonie le 30 octobre 2026 à Rennes
Ouvert à tous les auteurs francophones, que le livre soit publié, autoédité, ou même à l’état de manuscrit inédit, ce prix est accessible gratuitement via un formulaire en ligne. Les ouvrages déjà publiés sont envoyés au jury ; les manuscrits inédits sont soumis en PDF. Point de vigilance : le règlement prévoit une clause d’exclusivité jusqu’à l’annonce des résultats — à rappeler à l’auteur avant inscription.
Formulaire d’intérêt à envoyer avant le 29 septembre, 13h (heure de l’Est) — Salon les 19-21 novembre 2026
Organisé au Centre communautaire Sainte-Anne, ce salon s’adresse aux auteurs et maisons d’édition francophones du Nouveau-Brunswick et d’ailleurs. Les tarifs et modalités sont communiqués par l’organisateur après examen du formulaire. Une occasion à suivre de près dans le cadre de notre implantation croissante en francophonie canadienne.
Réservation avant le 30 septembre — Salon les 25-28 février 2027 à Gatineau
Ce salon s’adresse directement aux maisons d’édition, diffuseurs et distributeurs. La réservation de stand se fait en ligne, avec plusieurs formats tarifaires, sous réserve de validation par l’organisateur et les règles de l’AQSL (Association québécoise des salons du livre). À évaluer en interne : une présence institutionnelle du Lys Bleu au Québec pourrait accompagner notre stratégie d’expansion nord-américaine.
Candidature avant le 30 septembre (dossier par courriel) — Résidence du 10 au 24 janvier 2027 à Québec
Cette résidence s’adresse à un binôme auteur-traducteur, à condition qu’au moins un partenaire (ou l’éditeur de la traduction) soit établi au Québec. Elle comprend le logement, une allocation de 1 286 CAD pour le traducteur et jusqu’à 428 CAD pour l’auteur, plus une aide au voyage plafonnée. Une piste intéressante pour les auteurs souhaitant faire traduire leur ouvrage vers l’anglais ou approfondir un partenariat éditorial québécois.
Nous avons également passé en revue les appels à textes recensés par le site Textes à la pelle, spécialement dédié aux concours de nouvelles. Voici ceux dont la date limite de dépôt tombe ce mois-ci — une belle occasion pour nos auteurs de nouvelles et de récits courts de se faire remarquer, gratuitement pour la plupart.
Dépôt : 20 septembre 2026
Ouvert à tous, sans frais d’inscription. Première et dernière phrases imposées, 2 à 3 pages. À la clé : un prix, une publication en recueil et une lecture publique lors du festival.
Dépôt : 21 septembre 2026
Réservé aux auteurs francophones (débutants comme confirmés) via la création gratuite d’un compte sur la plateforme. Thème : « Ce qui manque », 2 000 à 6 000 mots. Gratification : prix, romans offerts, mise en avant sur le site et les réseaux du Labo.
Dépôt : 27 septembre 2026
Concours gratuit et ouvert à tous, sur le thème « Là-bas si j’y suis », à partir d’une expérience vécue ou imaginaire au Palais de la Porte Dorée (10 000 signes maximum). Belle visibilité à la clé : publication dans la revue Mondes et Migrations 2027, exposition pendant le festival, et participation au jury du Prix littéraire de la Porte Dorée pour le lauréat. Un thème qui peut particulièrement résonner avec les récits de migration et de diaspora présents dans notre catalogue.
Dépôt : 30 septembre 2026
Concours gratuit ouvert à tous les francophones à partir de 18 ans, sur des récits qui « regardent la réalité en face sans céder au désespoir » (10 000 à 15 000 signes). Les 15 lauréats seront publiés en recueil, avec une promotion sur les réseaux et en salons du livre.
Dépôt : 30 septembre 2026
Gratuit, à partir de 18 ans. Thème : « Le monde n’attend pas toujours des héros. Parfois, il attend juste quelqu’un qui ose. » (1 350-1 650 mots). Gratification : prix, séjour offert, publication sur le site et dans le Châtel Mag.
Dépôt : 30 septembre 2026
Gratuit, à partir de 16 ans. Thème : « La rencontre » (2 à 7 pages). Gratification : prix, lot de livres, publication en recueil et lecture publique par une compagnie de théâtre.
Dépôt : 30 septembre 2026
Gratuit ou jusqu’à 10 € selon la formule, ouvert à tous. Thème : « Anniversaire » (20 000 signes maximum). Gratification : prix, publication, lecture publique.
Dépôt : 30 septembre 2026
Gratuit, ouvert à tous. Thème : « Le message caché de Joséphine Baker » (4 000-8 000 signes). Un thème en résonance directe avec les mémoires afro-diasporiques que nous publions.
Dépôt : 30 septembre 2026
Frais d’inscription de 7 €, ouvert à tous. Thème : « Quelque part en chemin, vers midi… » (1 500-6 000 signes). Gratification : prix, chèques-livres jusqu’à 150 €, publication en recueil.
Dépôt : 27 septembre 2026
Réservé aux étudiant·es d’établissements publics d’enseignement supérieur de Nouvelle-Aquitaine et aux lycéen·nes de Pessac. Pertinent uniquement pour nos auteurs concernés par ce critère géographique et de statut étudiant.
Dépôt : 25 septembre, 23h59 — Cérémonie le 7 novembre 2026
Réservé aux Algériens de 18 ans et plus, résidant en Algérie ou dans la diaspora. Nouvelle inédite de 10 pages maximum, en français, arabe ou tamazight, inscription en ligne gratuite. Trois prix de 300 000 DZD à la clé. À proposer uniquement à nos auteurs concernés par ce critère de nationalité/résidence.
Dépôt : 28 septembre, minuit — Salon et remise le 14 novembre 2026
Concours gratuit, ouvert à partir de 16 ans sans condition de territoire, sur le thème « Et si nous avions tous un secret » (3 à 7 pages, dépôt postal anonyme). Point de vigilance important : le règlement autorise l’intégration des textes à une anthologie sans reversement de droits d’auteur — à bien signaler à l’auteur avant qu’il ne participe.
Dépôt : 18 septembre, 23h (délai très serré)
Concours de nouvelles gratuit organisé par la Communauté de communes de Montesquieu, réservé aux résidents de Gironde âgés de 16 ans et plus (nouvelle inédite de 1 500 à 2 000 mots). Pertinent uniquement pour nos auteurs résidant en Gironde.
Dépôt : 30 septembre, minuit — Publication prévue en mai 2027
Ce prix s’adresse aux primo-romanciers adultes n’ayant jamais été publiés à compte d’éditeur, résidant en France, Belgique, Suisse, Luxembourg, Monaco, Andorre ou au Québec (roman de 200 000 à 500 000 signes ; fantasy, SF, romantasy, érotisme et nouvelles exclus). Réservé aux manuscrits inédits d’auteurs jamais publiés — à ne proposer qu’à des auteurs potentiels, pas à ceux déjà présents à notre catalogue.
Concours de nouvelles gratuit organisé par la Communauté de communes de Montesquieu, réservé aux résidents de Gironde âgés de 16 ans et plus (nouvelle inédite de 1 500 à 2 000 mots). Pertinent uniquement pour nos auteurs résidant en Gironde.
Envie de plus de visibilité pour votre livre ? Les blogueurs et blogueuses littéraires sont aujourd’hui des relais incontournables pour faire connaître un ouvrage, toucher de nouveaux lecteurs et gagner en crédibilité. Encore faut-il savoir comment les approcher avec justesse. Voici nos conseils pour donner à votre livre la résonance qu’il mérite.
Une communauté de lecteurs passionnés suit chaque blog littéraire, souvent avec une grande fidélité. Une chronique bien écrite peut :
Toutes les plateformes ne se valent pas pour votre livre. Avant tout contact, repérez les blogs dont la ligne éditoriale correspond à votre genre (roman, poésie, essai, littérature jeunesse, etc.). Consultez leurs dernières chroniques pour vérifier :
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Depuis 2025, Le Lys Bleu Éditions a repensé son organisation pour rendre le travail de ses partenaires libraires plus simple au quotidien. Catalogue restructuré, distribution optimisée, conditions commerciales revues : voici l’essentiel à retenir.
Le Lys Bleu Éditions compte aujourd’hui 16 collections, chacune dotée d’une identité propre :
L’ensemble du catalogue est consultable en ligne, collection par collection.
La distribution est désormais assurée par Hachette, ce qui fluidifie le référencement et le réapprovisionnement pour les librairies. Pour les commandes passées directement auprès du Lys Bleu, trois nouveautés :
La dynamique commerciale s’accompagne d’une présence événementielle renforcée : pour cette rentrée littéraire, 43 événements (salons, dédicaces, marchés littéraires, festivals) ont été programmés en France, en Belgique, au Gabon et en Pologne — autant d’occasions de visibilité supplémentaire pour les ouvrages en rayon.
Une question sur une commande ou une collection ? Le pôle Communication du Lys Bleu Éditions reste à votre disposition.
La collection Révélations poursuit son développement et bénéficie aujourd’hui d’une belle reconnaissance médiatique. Lire Magazine, en partenariat avec Ouest-France, consacre un article à cette nouvelle collection des éditions du Lys Bleu, à son histoire, à son ambition éditoriale et à la vision portée par son directeur, Jean-François Laville.
Tout est parti d’une enquête.
À la fin de l’année 2025, Jean-François Laville présente à Alessandra Fra, directrice stratégique des éditions du Lys Bleu, son travail consacré à l’affaire Pierre Conty, triple meurtrier dont la traque avait marqué les années 1970.
Cette rencontre fait rapidement émerger une conviction commune : il existe une place, au sein de notre maison d’édition, pour une collection entièrement dédiée aux enquêtes journalistiques et aux témoignages inédits. Un espace où les auteurs pourraient documenter des faits, donner la parole à celles et ceux qui sont rarement entendus et apporter des clés de compréhension sur les grandes questions qui traversent notre société.
C’est ainsi qu’est née Révélations, dont Jean-François Laville assure naturellement la direction.
Quelques mois plus tard, en janvier 2026, Le Mystère Conty ouvre le bal, suivi d’un deuxième opus À mes enfants tondus, une enquête approfondie sur les défaillances de la protection de l’enfance en France, qui interroge les mécanismes institutionnels et les responsabilités de chacun.
Un troisième ouvrage signé Michel Benoît, auteur du Secret du treizième apôtre paru aux éditions Albin Michel, viendra bientôt enrichir la collection.
À travers chacun de ces titres, la collection Révélations affirme une ligne éditoriale exigeante : dépasser le simple récit des faits pour expliquer, analyser et donner au lecteur les éléments nécessaires pour comprendre les réalités parfois complexes de notre époque.

Une histoire, des choix éditoriaux et une ambition que Lire Magazine a choisi de mettre en lumière dans un article publié le 1er juillet 2026.
L’entretien revient notamment sur la vision de Jean-François Laville, pour qui le journalisme consiste avant tout à rendre visible ce qui ne l’est pas, à donner la parole à ceux qui en sont privés et à expliquer les phénomènes de société plutôt qu’à susciter la seule émotion.
L’article retrace également la naissance de la collection, ses premiers succès et les perspectives de développement qui s’ouvrent désormais aux éditions du Lys Bleu.
L’aventure Révélations ne fait que commencer.
La collection est ouverte à toute personne — journalistes, chercheurs, professionnels ou témoins — souhaitant porter une enquête rigoureuse ou partager un témoignage susceptible d’éclairer le débat public.
L’article complet est à lire sur Lire Magazine.
Roman
Chênegarde reposait à la lisière de la forêt morte, là où les troncs gris se dressaient comme des prières pétrifiées vers un ciel perpétuellement voilé. Le village, protégé par de modestes palissades de bois et par la vigilance lointaine de la citadelle d’Astramorn, connaissait ce jour-là une agitation rare.
Des bannières usées avaient été dressées entre les maisons, les longues tables sorties sur la place centrale, et des feux brûlaient malgré la lumière du jour. Les voix s’élevaient, mêlant ferveur, nervosité et une joie presque forcée.
Les habitants savaient.
Lorsque les Gardiens de l’Équilibre se déplaçaient ensemble, ce n’était jamais sans raison.
Seigneur Aeldric apparut le premier. Sa silhouette dominait la foule sans effort, drapée dans des étoffes sombres, lourdes d’autorité. Son visage restait impassible, mais son regard observait tout, comme s’il pesait chaque souffle du village.
À sa droite marchait Bougriff, l’érudit. Large, massif, la démarche lente, il avançait en serrant contre lui un épais livre aux pages jaunies, couvert de symboles anciens. Derrière son air placide, ses yeux vifs trahissaient une intelligence inquiète, toujours en mouvement.
Nyrelle suivait, légèrement en retrait. Enveloppée dans une cape claire trop grande pour elle, elle semblait presque flotter. Sa démarche était hésitante, et ses yeux bleus évitaient la foule, comme si trop de regards pouvaient encore la briser.
Enfin venait Sir Harrington, surnommé par tous comme le Chevalier Miroir.
Son armure polie reflétait les flammes, les visages, le ciel lui-même, tout, sauf ce qu’il y avait derrière le casque. Aucun symbole, aucun blason. Seulement ce miroir froid, renvoyant au monde son propre reflet.
Un silence respectueux s’abattit sur Chênegarde.
Le banquet fut simple, mais sincère. Des plats chauds, du pain grossier, quelques jarres de bière encore potable. Pour les villageois, c’était un honneur rare.
Seigneur Aeldric parla le premier.
Il évoqua l’équilibre du monde, la fragilité des temps présents, et la nécessité du sacrifice pour préserver la volonté des dieux. Sa voix était calme, maîtrisée, presque rassurante.
Bougriff prit ensuite la parole, citant les anciens textes, rappelant que servir était un privilège, que peu étaient jugés dignes de contribuer au maintien de l’ordre sacré.
Nyrelle murmura une bénédiction. Peu l’entendirent réellement, mais ceux qui furent assez proches sentirent un frisson les parcourir, sans savoir pourquoi.
Le Chevalier Miroir, lui, ne parla pas. Il se contenta d’incliner légèrement la tête. Le métal de son casque renvoya les flammes du feu en une danse silencieuse.
Puis vint le moment attendu.
Le tirage.
Trois noms furent prononcés.
Trois silences suivirent.
Les élus avancèrent, tremblants, mais droits. Les familles pleuraient et souriaient à la fois. On félicitait, on embrassait, on murmurait des prières. Être choisi pour servir le Cœur était un honneur, disait-on. Une mission sacrée.
Nul ne parla de ce que cela impliquait réellement.
Nul ne posa de questions.
Lorsque le soleil commença à décliner derrière la forêt morte, la décision fut prise. Le roi resterait à Chênegarde. Bougriff également. Nyrelle aussi. Leur présence devait rassurer le village encore un peu.
Le Chevalier Miroir, lui, reçut la mission d’accompagner les trois élus.
Ils quittèrent le village par l’ancien chemin de pierre, celui qui serpentait vers le cœur du territoire, loin de toute habitation. Les chants s’éteignirent derrière eux. Peu à peu, la forêt les engloutit.
Le voyage dura plusieurs heures.
Le silence s’installa, seulement troublé par le craquement des branches mortes, le souffle du vent et le pas régulier des bottes sur la terre grise. À mesure qu’ils avançaient, le monde semblait se vider de sa couleur, comme aspiré vers un centre invisible.
Et quelque part, loin devant eux, hors de toute vue humaine, le Cœur du Vide continuait de battre.
Le convoi royal quitta Chênegarde à l’aube, alors que la brume s’accrochait encore aux champs comme un linceul mal refermé. Les roues des chariots mordaient la terre humide, laissant derrière elles des sillons sombres qui ne tarderaient pas à disparaître sous la poussière et les pas. Rien, dans ce départ, n’avait la solennité d’un retour victorieux. On roulait vite, mais sans élan. Comme si même les chevaux savaient que la route ne menait pas vers une promesse, mais vers une nécessité.
À mesure que Chênegarde s’effaçait derrière les collines, le paysage se durcissait. Les chemins devenaient plus étroits, plus irréguliers, bordés de pierres disjointes et de clôtures à moitié effondrées. Ici et là, des maisons isolées ponctuaient la route, bâtisses basses, construites à la hâte ou réparées trop souvent. Le bois y était noirci par les intempéries, les toits affaissés sous leur propre fatigue. Devant l’une d’elles, une femme observait le passage du cortège sans saluer. Elle tenait un enfant contre elle, trop maigre pour son âge. Le regard qu’elle posa sur les bannières n’était ni haineux ni admiratif. Il était simplement vide.
Plus loin, un homme tentait de redresser une porte arrachée par le vent. Il s’arrêta, se figea en voyant les Gardiens, puis s’inclina maladroitement, comme s’il craignait qu’un salut mal exécuté puisse lui coûter ce qu’il lui restait. Le convoi ne ralentit pas.
La route traversait ensuite une étendue de terres mortes, où la végétation survivait plus qu’elle ne vivait. Les arbres y poussaient, tordus, privés de feuillage, leurs branches semblables à des doigts crispés. C’est là que le convoi passa près du cadavre.
Une vache, ou ce qu’il en restait.
Le flanc crevé, les côtes apparentes, la peau tendue sur l’os comme une toile trop fine. La faim l’avait prise avant la mort, et les charognards avaient commencé leur œuvre. Des corbeaux s’envolèrent à l’approche des chevaux, croassant avec irritation, comme si on les dérangeait dans un droit acquis. L’odeur était lourde, âcre, impossible à ignorer. Personne ne commenta la scène. Il n’y avait rien à dire. La bête n’était ni la première ni la dernière.
Ce genre de vision était devenu courant. Trop courant.
À mesure que les heures passaient, les silhouettes humaines se faisaient plus rares, mais la présence de la cité se faisait sentir bien avant d’être visible. Le sol vibrait légèrement sous les sabots. Un grondement sourd, presque imperceptible, montait parfois de la terre elle-même, comme un souffle contenu. Certains soldats échangeaient des regards sans parler. Ils connaissaient ce son. Tous le connaissaient.
Puis, au détour d’un dernier promontoire rocheux, Astramorn apparut.
D’abord, ce ne fut qu’une masse sombre à l’horizon. Une ligne brisée contre le ciel. Mais plus le convoi avançait, plus la cité se révélait dans toute sa démesure. Les remparts se dressaient comme une muraille contre la fin du monde, épais, rapiécés, marqués de cicatrices anciennes. Une lumière crépusculaire baignait l’ensemble, teintant la pierre d’ocre et d’orange sale, comme si le soleil lui-même peinait à éclairer cet endroit sans s’y consumer.
Des volutes de fumée s’élevaient des quartiers bas, mêlées à une poussière permanente. L’air semblait plus dense à mesure qu’on approchait, chargé de cendre et de métal. Astramorn ne brillait pas. Elle brûlait lentement.
Et lorsque les portes commencèrent à se distinguer, massives, sombres, presque vivantes dans leur immobilité, une certitude s’imposa à tous ceux qui les regardaient :
Cette cité tenait encore debout.
Mais à un prix que peu osaient encore compter.
Astramorn ne dormait jamais vraiment.
Lorsque les lourdes portes de la citadelle s’ouvrirent pour laisser entrer le cortège royal de retour de Chênegarde, une autre procession quittait déjà la ville par les poternes basses, celles que l’on n’ouvrait jamais devant la foule. Des charrettes de bois grinçaient sur les pavés humides, tirées par des hommes silencieux, le visage fermé. Sous les bâches grossières, les corps s’empilaient, enveloppés à la hâte. Maladie, faim, chute, parfois une lame dans l’ombre, la cause importait peu. À Astramorn, la mort faisait partie du prix à payer.
Les cadavres étaient emmenés loin, au-delà de la forêt d’arbres morts, là où la terre acceptait encore d’être creusée sans vomir une odeur de cendre.
La vie coûtait cher ici. Très cher.
Dans les quartiers bas, les étals s’installaient avec parcimonie. Peu de viande, des légumes maigres, des pains denses et sombres. Les marchands criaient moins qu’autrefois. Les clients marchandaient peu. Tout le monde savait que trop discuter pouvait signifier ne rien manger le lendemain. Pourtant, malgré la fatigue et la peur, les habitants saluaient le passage des Gardiens avec une ferveur presque maladive.
Le roi surtout.
Seigneur Aeldric inspirait un respect mêlé de crainte, mais aussi une forme de gratitude sincère. Les gens l’avaient vu vieillir avec la citadelle. Ils savaient qu’il portait le poids du monde sur ses épaules. Les trois autres… on les respectait aussi, mais on évitait de les regarder trop longtemps. Le Chevalier Miroir, en particulier, faisait baisser les yeux. Son armure reflétait trop bien ce que chacun voulait oublier.
Les remparts dominaient la ville comme une promesse fragile. Épais, réparés par couches successives, ils portaient les cicatrices de décennies d’effondrement lent. Astramorn n’était pas une cité élégante : c’était une cité fonctionnelle. Un cœur de pierre autour duquel s’étaient greffés des quartiers irréguliers, des ateliers, des entrepôts, des maisons empilées les unes sur les autres comme si la ville avait peur de s’étendre.
Au centre, le château. Massif. Sombre. Vivant.
À peine rentré, Bougriff fut attendu à la bibliothèque dans la salle basse du conseil. Les finances ne pouvaient pas attendre. Les convois de Pontval avaient été retardés, les réserves de grain fondaient plus vite que prévu, et l’entretien des mécanismes du Cœur exigeait toujours plus de métal, plus de main-d’œuvre, plus de silence. L’érudit posa ses registres avec un soupir lourd, conscient que chaque ligne de chiffres représentait une vie tirée un peu plus loin.
— Nous tenons encore, déclara-t-il au roi. Mais à ce rythme… pas indéfiniment.
Aeldric hocha lentement la tête. Il n’avait pas besoin d’entendre la suite.
Dans les hauteurs, la grande bibliothèque ouvrait ses portes. Un lieu immense, froid, où l’encre et la poussière régnaient en maîtres. Des scribes y copiaient des textes anciens, parfois sans les comprendre, parfois sans y croire. Les livres parlaient de dieux, d’âges anciens, de promesses brisées. Certains ouvrages étaient interdits à tous sauf aux Gardiens. D’autres n’étaient là que pour donner l’illusion que le savoir suffisait encore à sauver le monde.
Le Chevalier Miroir, lui, descendit vers les cours d’entraînement. Sa voix claqua contre les murs lorsqu’il surprit des soldats assoupis contre leurs hallebardes.
— Debout.
Un seul mot, suffisant.
Ils se redressèrent aussitôt. La peur était un outil efficace.
Nyrelle erra plus bas, dans les quartiers où la pierre laissait place au bois et aux toits rafistolés. Elle s’arrêta chez l’apothicaire, comme souvent. L’homme lui servit une décoction sans poser de questions. On ne demandait jamais à quoi servaient les potions ici. Certaines calmaient la douleur. D’autres l’aiguisèrent.
Elle but lentement, les yeux perdus ailleurs.
Seigneur Aeldric, lui, s’était retiré dans une galerie latérale du palais, loin de la salle du trône. Il observait la ville par une haute ouverture lorsque des grelots discrets annoncèrent une présence.
— Majesté… ou devrais-je dire, mon roi fatigué.
Farlane s’inclina à moitié. Son costume de fou était usé, rapiécé, délavé par les ans. Pourtant, son regard était vif. Trop vif pour un simple amuseur.
— Parle, Farlane, répondit Aeldric sans se retourner.
— Les rues murmurent. Les gens ont peur. Et quand les gens ont peur… ils commencent à penser.
Le roi ferma les yeux un instant.
— Des nouvelles précises ?
— Pontval tient, mais de justesse. Riveflétrie empire. Et à Lueurcreuse… disons que certains ne sont plus vraiment des nôtres.
(Il marqua une pause.)
Ah. Et il y a eu un mort. Un paysan. Cette nuit.
Aeldric se tourna lentement.
— Un de trop, murmura-t-il.
Farlane haussa les épaules, presque triste.
— Les morts s’additionnent, Majesté. Mais certains comptent plus que d’autres. Celui-ci… parlait beaucoup.
Un silence lourd s’installa entre eux.
— Farlane, dit enfin le roi, dis-moi…
Combien de temps encore ?
Le fou esquissa un sourire sans joie.
— Assez pour que le Cœur continue de battre.
Pas assez pour que le monde guérisse.
Aeldric détourna le regard vers la ville.
Au loin, quelque chose grinçait.
Quelque chose d’ancien, quelque chose de fatigué.
Et au centre de tout, invisible à la plupart, le Cœur du Vide continuait de tourner.
Nyrelle quitta l’échoppe de l’apothicaire sans un mot de plus.
Dans la ruelle, l’air était plus froid, saturé d’odeurs métalliques et de cendre humide. Elle marcha lentement, comme si chaque pas devait être mesuré, compté.
Les habitants s’écartaient sur son passage, pas par respect.
Pas tout à fait par peur non plus.
Plutôt par une intuition confuse : celle qu’il ne fallait pas troubler ce qui avançait droit, sans détour.
Elle s’arrêta un instant sur une terrasse de pierre dominant la ville. Le vent souleva ses cheveux clairs. Ses mains tremblaient à peine.
Nyrelle ne pria pas.
Elle ne demanda rien aux dieux.
Elle se contenta d’écouter le souffle profond de la cité, et de s’assurer qu’il battait toujours au même rythme.
Puis elle se détourna, disparaissant dans les ruelles d’Astramorn, comme une pièce essentielle que personne ne regarde jamais… tant qu’elle reste en place.
Roman
18 h 45. La journée est bientôt finie. C’est l’heure où les blablas de la secrétaire achèvent de me saouler. Il est temps que ce lundi se termine. Je commence à fermer les documents ouverts sur mon ordinateur, à mettre un peu d’ordre dans mes dossiers étalés sur le bureau. Soudain, le téléphone sonne !
Je ne comprends pas tout de suite de quoi il s’agit. L’hôpital. Les urgences. Sarah. Tout s’embrouille dans ma tête. Je laisse tout en plan, l’ordinateur allumé. On m’a dit qu’il fallait que je vienne tout de suite. Sarah est à l’hôpital ! J’appelle Lucas, bafouille trois mots sur son répondeur et je me précipite dans cette nuit de décembre aux urgences. J’essaie de réfléchir à ce qu’on m’a dit. Coma éthylique… coma éthylique ? J’ai eu une hallucination auditive ou quoi ? Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas possible. Pas ma petite Sarah !
Ces mots traversent mon cerveau à toute vitesse. Quoi ? Comment est-ce possible ? Elle était au lycée, non ?
Non ! Eh bien non, elle n’était pas au lycée ! Je l’apprends en arrivant à l’hôpital. Il y avait grève aujourd’hui ; bien sûr, je n’en savais rien ! Elle et ses copains de classe ont décidé de faire une fête chez l’un d’eux et une fête sacrément arrosée, en plein après-midi ! Je n’y comprends plus rien. Les pompiers ont amené Sarah ici en fin d’après-midi. Il n’y a plus d’ordre dans mes pensées, ça tourne, le mensonge, la fête, l’alcool, et je me demande inlassablement : pourquoi ? Pourquoi ? J’attends qu’on me donne des nouvelles de Sarah, de ce coma éthylique. Qu’est-ce que ça veut dire ? On m’annonce ce chiffre terrifiant : 3,8 d’alcool dans son sang ! Pendant que j’arpente le couloir, je suis stupéfiée, blême, seule face à cette situation extrême. Lucas, mon mari, travaille, il n’a pas dû avoir mon message encore. Je n’appelle personne, même pas mes parents ; je suis complètement tétanisée. Je m’engloutis dans cette attente glacée.
Un médecin urgentiste vient m’expliquer la situation. Elle devrait être tirée d’affaire. Il faut attendre… encore… Elle n’est pas consciente et elle est toujours sous perfusion. Mais je suis autorisée à aller auprès d’elle. Ma pauvre petite Sarah. Ses cheveux sont tout collés, son visage est en nage. Toute petite dans sa camisole blanche d’hôpital. Sa perfusion au poignet. Elle a l’air de dormir, d’un sommeil étrange et agité. Qui es-tu, mon bébé, pour avoir fait ça ? Pourquoi ? Et comment tous ces jeunes, mineurs pour la plupart, ont pu se procurer toutes ces bouteilles d’alcool ? Mes pensées et mes sentiments se bousculent. Qu’est-ce que je n’ai pas compris ? Qu’est-ce que je n’ai pas vu ? Pourquoi ? Je t’écoute respirer, la nuit avance.
Tout à l’heure, Lucas est venu m’embrasser et embrasser Sarah, lui aussi était aux cent coups quand il a eu mon message affolé. Je décide de passer la nuit au chevet de Sarah ; il rentre à la maison pour s’occuper des chats. Surtout, je préfère rester seule avec Sarah, je ne supporte pas une autre respiration que la sienne à mes côtés. C’est une étrange veille qui commence.
Les heures passent, lentement. Sarah ne s’est toujours pas réveillée. Je ne somnole pas, je guette le moindre souffle, j’attends son réveil. Qu’il est long, le temps dans cette chambre d’hôpital ! Sur un mauvais fauteuil en réanimation. Enfin, sur le matin, dans un souffle ténu, j’entends ta voix, toute rauque, dans un souffle à peine audible :
— Maman… je t’aime…
Je l’ai remarquée depuis la troisième ; elle était plutôt discrète en classe. On se voyait seulement en cours d’allemand. Et puis, à la rentrée au lycée, la bonne surprise : on était dans la même classe ! Je me suis dit que j’avais enfin ma chance.
J’arrive à accrocher son regard pendant les cours ; je lui souris, d’un sourire en coin ; je suis timide dans mon genre. En plus, depuis la rentrée, elle a changé ; elle est toujours fourrée avec Ann Lily, elles font bloc toutes les deux et se marrent à tout bout de champ, même pendant les cours. J’ai du mal à reconnaître « ma » petite Sarah de l’année dernière. Elle est encore plus belle, elle m’impressionne et je me demande quand je vais réussir à rentrer vraiment en contact avec elle, vu qu’elle est toujours avec Ann Lily ; vivement la prochaine fête !
C’est difficile de savoir ce qu’elle a dans la tête ; elle s’est mise à fumer ; à toutes les récrés, elle et sa copine vont fumer sur le trottoir du lycée ; elles se la jouent terminales ! Je n’ai pas envie de me mettre à faire comme elles ; j’attends une autre occasion ; en attendant, je la regarde, je pense qu’elle l’a remarqué même si elle fait semblant de rien.
Mon pote Jean a eu une idée géniale ! Lundi prochain, il y a grève encore ; il suffit de faire comme si on avait cours, alors qu’en fait, on ira chez lui. Ses parents ont une super baraque avec jardin, et comme ils bossent, son père sera à Paris, on aura la maison pour nous. Quasiment toute la classe sera là, alors Sarah sera là aussi, forcément… Il y aura aussi des potes du rugby et leurs copines. Vivement lundi !
Justement, aujourd’hui, elle est trop belle avec son jean taille basse et un T-shirt blanc échancré ; elle danse avec ses ballerines, elle a l’air ailleurs… Je dirige mon regard là où elle fixe le sien avec insistance : c’est Sopran, un rugbyman, un pote de Jean, grand et beau gosse, faut bien le reconnaître ! Plutôt fin pour un rugbyman. Merde ! C’est son mec ? Ou alors elle le kiffe vue comme elle le mate… Je suis dégoûté tout d’un coup, moi qui rêve de cette occasion depuis la rentrée… La place est prise, on dirait ! Je me pose dans un coin, j’ai même presque envie de me barrer. Jean vient me voir :
— Qu’est-ce tu fous planqué là, Clém ?
— Bof… j’suis un peu dégoûté là.
— Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Puis il ajoute : ah ! C’est à cause de Sarah ?
— Ouais, elle me calcule pas. Y en a que pour Sopran. D’où il sort ? C’est un pote à toi ?
— Oui, je ne te l’avais pas dit, mais je crois qu’ils sortent ensemble ; c’est tout récent, je crois.
— T’aurais mieux fait de me le dire…
— Allez, Clém, y en a d’autres, des meufs. Lâche-la, cette nana… Regarde Nina et sa copine Julie, elles sont cool !
Toujours très déçu, je décide de rester quand même ; après tout, il ne s’est rien passé entre Sarah et moi. La prochaine fois qu’une fille me plaira, je n’attendrai pas cent sept ans avant de la brancher ! L’après-midi avance, la musique donne à fond, ça coule les bières et pas que des bières, ça danse, ça branche. Je ne peux pas m’empêcher de la chercher des yeux, « ma » Sarah, la plus belle de la fête pour moi.
Un truc bizarre me frappe soudain, elle n’est plus scotchée à Sopran. Elle est complètement échevelée, elle s’agite au milieu du salon. Quelque chose s’est passé, j’en suis sûr. Est-ce qu’ils se sont embrouillés avec Sopran ? Pourquoi elle danse toute seule comme ça ? Pourquoi elle a cet air-là ? Je le cherche des yeux pour essayer de comprendre. Le voilà ! Il est assis sur un canapé, avec une nana que je ne connais pas ; et ils ont l’air de faire connaissance à leur façon ! Oui, c’est ça, ils sortent ensemble, carrément ! J’y crois pas ! Sous les yeux de Sarah ! Ils sont arrivés ensemble et déjà il l’a lâchée ? J’y crois pas ! Même si on peut dire que ça m’arrange à moi, je suis dégoûté de cette manière d’agir. Je te prends, je te laisse, j’en prends une autre… Je suis peut-être trop romantique comme dit Jean, mais Sopran, lui, c’est carrément un salaud !
La musique est vraiment forte maintenant et Sarah continue à se déchaîner, une bouteille de vodka à la main, à la bouche, à la main, à la bouche, et glou, et glou. Avant que j’aie eu le temps de réagir, elle a sifflé toute la vodka. Puis elle jette la bouteille vide qui roule sous le canapé où Sopran et la fille s’embrassent sans arrêt. Je vois tout ça au ralenti, comme si j’étais au milieu d’un film. Mon cœur bat à cent à l’heure. Je regarde Sarah et la vois qui s’écroule sur le tapis. On n’y voit pas grand-chose car Jean a baissé les volets pour éviter que le bruit dérange les voisins. Les autres sont plus ou moins clairs.
Je me précipite vers Sarah, elle est en train de convulser maintenant, elle est secouée de soubresauts ; les autres se sont aperçus que quelque chose n’allait pas, ils viennent autour de nous ; on essaie de la maintenir et puis je crie :
— Faut appeler les pompiers, tout de suite !
Ils n’ont pas l’air de comprendre la gravité de la situation, mais moi, je sais. Un coma éthylique, je sais ce que c’est. Mon père est alcoolique.
En ce moment, qu’est-ce qu’elle est pénible, Sarah ! Butée, elle ne dit pas un mot et quand elle ouvre la bouche à table, c’est pour dire systématiquement le contraire de tout ce que je dis. Sophie essaie de temporiser entre elle et moi ; quand on est tous les deux, elle me conseille de laisser couler, mais je n’y arrive pas toujours. J’ai l’impression d’être face à une de mes élèves, à l’âge boutonneux comme je dis. C’est pas méchant, ils se cherchent à cet âge-là. Mais quand je suis face à Sarah à la maison, je me sens démuni ; notre ancien mode de communication, ça ne marche plus ! Je m’en sors mieux avec mes élèves, c’est fou !
Qu’est-ce qu’on était complices quand elle était petite ; nos rires quand je jouais aux poupées avec elle, elle faisait la maîtresse et moi, je répondais avec une voix différente pour chaque poupée !
Et quand on faisait la cuisine ensemble le dimanche soir… Nos rires partagés ! Mais c’est fini tout ça.
Elle a grandi, s’enferme dans sa chambre. On n’entend sa voix qu’à travers la cloison quand elle parle à ses copines au téléphone. À nous, à moi surtout, elle ne dit plus grand-chose, excepté pour s’opposer et me traiter comme un pauvre con. Elle ne le dit pas, mais elle le pense si fort !
Hier, après une énième dispute plus forte que les autres, elle m’a jeté au visage :
— T’es pas mon père !
Je mâchonne mon crayon. Y a ce devoir d’anglais à rendre pour demain… qu’est-ce que ça me saoule l’anglais ! Je préfère l’allemand, moi !
Quand on est allés en voyage linguistique avec l’école l’année dernière, c’était cool, mais je n’ai rien appris ; ça m’a décoincée, mais pas pour l’anglais ! On s’est retrouvées dans la même famille avec Ann Lily. On était en froid depuis un moment ; on avait été meilleures amies pendant longtemps, jusqu’à ce qu’elle me fasse des vacheries, et qu’elle me jette sans que je comprenne pourquoi. Ça m’avait fait mal, mais je continuais à l’observer, à m’intéresser à elle, mine de rien.
Alors, là, le hasard nous a rapprochées pendant ce voyage et on s’est retrouvées. Je l’ai suivie dans ses délires… On a pris l’habitude de filer en douce le soir pour aller au pub ; et comme elle est grande pour son âge et pratiquement bilingue, car sa mère est anglaise, on a pu se faufiler partout. Elle s’est fait une bande de copains plus âgés que nous et hop, le tour était joué ! Fabuleuse, elle est fabuleuse, sexy avec ses yeux bleus innocents, ses cheveux bouclés, un air de petit ange, grande et mince… Je ne suis pas la seule à la trouver sexy… Mark aussi ! Un grand rouquin irlandais qu’on a rencontré au pub le premier soir.
Un soir, elle me dit :
— Sarah, tu peux rentrer toute seule chez les Smith ? Moi, je reste… avec Mark !
Puis elle me tire la langue d’un air coquin…
Je rentre chez les Smith discrètement, par le jardin ; je me couche et je finis par m’endormir. Au milieu de la nuit, je l’entends qui se glisse par la fenêtre dans notre chambre. J’ouvre les yeux.
— Ann Lily ? Tu es rentrée ?
Elle a l’air un peu… bizarre…
— Oui, j’suis là… et puis elle ajoute, on l’a fait avec Mark !
Je fais un bond dans mon lit :
— Quoi ? Avec Mark ?
— Ouais, c’était génial… (Elle plane.) Dommage qu’on parte après-demain !
Et puis elle me raconte. Mon cœur bat en même temps que le sien. J’ai envie de connaître ça moi aussi. Les bisous dans le cou, ça va bien maintenant… Mais quand même… pas comme Ann Lily, pas avec un mec que je connais à peine… Je soupire et rêve à tout ça en me rendormant.
Putain ! Il n’avance pas ce devoir d’anglais ! Si je repense à l’Angleterre… Ann Lily a galéré après ça… elle n’a plus été la même. Elle est restée un peu en contact avec Mark par Skype ; elle pensait à lui sans l’avouer ; mais il l’a larguée peu de temps après son retour en France, gentiment, mais clairement, juste au moment où elle s’est aperçue qu’elle n’avait plus ses règles…
Grosse galère ! Elle vomissait, elle était blême. Bref ! Ses parents qui sont toubibs tous les deux ont tout de suite compris la situation, la décision a été vite prise d’après ce que j’ai compris, et ils l’ont accompagnée faire une IVG. Elle a manqué les cours toute une semaine, c’était à la fin de la troisième. Elle a changé. Déjà, qu’elle était facilement délirante, là, elle est devenue carrément déchaînée. Elle faisait comme si rien ne s’était passé, comme si elle avait vécu cet avortement en toute « simplicité ». Mais moi, qui la connaissais bien, je savais qu’elle avait mal, qu’elle se l’était pris en plein cœur. Alors, elle en faisait des tonnes dans la déconne, elle se la jouait fille libérée, presque femme ; alors qu’au fond, elle était une petite ado blessée. Peur de rien, Ann Lily ? Elle avait vécu le plus dur pour une ado amoureuse. Mais je faisais comme elle voulait : on n’en parlait pas.
Entrée au lycée. On n’en a plus rien à foutre des profs, des cours, des notes. Ann Lily enchaîne les mecs depuis son retour de l’Angleterre. Quant à moi, je cherche un mec avec qui passer à l’action. Il y aurait bien Clément. Il est beau, il a l’air tendre. Mais justement, il est peut-être trop tendre, non ? Trop romantique ? On va encore se tenir la main pendant des heures… Et Ann Lily va me charrier parce que je ne l’ai toujours pas fait…
Sur mon devoir d’anglais qui est au point mort, j’écris ce prénom : Clément… Clément, oui… Il me fait rêver même si Ann Lily se moque de moi parce qu’il ne se passe rien entre nous depuis la rentrée.
Clément… Et alors ? Je ne suis pas obligée de tout lui dire à Ann Lily…
Le Lys Bleu Éditions est heureux de dévoiler les résultats du Prix Sciences humaines et sociales 2026.
Cette année, le jury a distingué 25 travaux de recherche : 22 thèses et 3 mémoires, témoignant de la vitalité, de l’excellence et de la diversité des recherches menées dans l’ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales.
Les travaux récompensés couvrent un spectre particulièrement large : anthropologie, arts et esthétique, droit, histoire et géographie, histoire de l’art, linguistique, littérature et critique littéraire, philosophie, psychologie, recherche-création, science politique et géopolitique, sciences de l’éducation, sciences de l’information et de la communication, sciences économiques et de gestion, ainsi que sociologie.
Cette diversité met en lumière la richesse des approches théoriques, méthodologiques et interdisciplinaires développées par une jeune génération de chercheurs et chercheuses, et leur contribution précieuse à la compréhension des transformations sociales, culturelles, politiques et contemporaines.
Le jury, composé d’universitaires reconnus issus d’institutions telles que CY Cergy Paris Université, l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Aix-Marseille Université ou encore l’Université Côte d’Azur, a salué la qualité remarquable des travaux soumis cette année.
Nous adressons nos plus sincères félicitations à l’ensemble des lauréates et lauréats pour la qualité et l’originalité de leurs travaux, qui contribuent activement au rayonnement de la recherche en sciences humaines et sociales.
Anthropologie
Jérémy Mallin — Le maloya dans les chemins du retour (Thèse)
Arts et esthétique
Anna Paola Bellini — Les dessins réalisés dans les camps (1933-1945). Une enquête (Thèse)
Joy Seror — D’une persona à l’autre. Imaginaires cinématographiques du double féminin (Thèse)
Droit
Merwane Benrahou — Le secret dans les procédures de contrôle de la constitutionnalité des lois (Thèse)
Thomas Dubourg — La distinction conceptuelle « contrôle concret / contrôle abstrait » (Thèse)
Histoire et géographie
Guillaume Chung-To — La péninsule arabique des Himyarites aux Abbassides (IVe-Xe siècles) (Thèse)
Histoire de l’art
Émeline Houssard — Marchés couverts de quartier et fabrique urbaine (1936-1998) (Thèse)
Linguistique
Isabelle Illanes — Les territoires de l’expérience de visite (Thèse)
Maria Chiara Salvatore — La construction du discours sur la vie (Thèse)
Littérature et critique littéraire
Martina Ali — La communication de la durabilité et de la performance environnementale du « cuir italien » (Thèse)
Michael Lioi — Migrations intercontinentales d’objets vers la Caraïbe d’expression française (Thèse)
Philosophie
Fabio Recchia — L’œuvre de la société, la part de la conscience (Thèse)
Psychologie
Alexandrine Ceschiutti — Exploration de l’intelligence culturelle (Thèse)
Etienne Aquilas Makadji — Programmation neuro-linguistique et déradicalisation du jugement moral des jeunes adultes ex-détenus de Boko Haram (Thèse)
Steve Vilhem — Anorexie mentale, déconstruire un concept pour repenser les soins (Thèse)
Recherche-création
Wenbo Gong — Signe, lumière, souffle : Figures de la représentation entre Chine et Occident (Thèse)
Science politique et géopolitique
Baptiste Sellier — Maintenir l’ordre colonial à Jaffa et à Jérusalem (Thèse)
Théo Bernard — La dialectique entre l’évolution de la stratégie nucléaire chinoise et le renforcement du front antimissile américain en Asie de l’Est (Mémoire)
Sciences de l’éducation
Karine Birot-Gautron — Les enseignant·e·s du premier degré face aux besoins éducatifs particuliers (Thèse)
Sciences de l’information et de la communication
Joseph Gotte — L’effondrement écologique entre perte de prise et pouvoir des mots (Thèse)
Sciences économiques et de gestion
Eric Scarazzini — L’hybridation au sein des collectivités territoriales (Thèse)
Sociologie
Sandy Larose — Révolte, contestation et identités collectives à travers les chansons hip-hop en Haïti (Thèse)
Leïla Tazir — Les héritages du mouvement du 15M à Cordoue (Espagne) (Thèse)
Lucie Bernert — Muséologie sociale et sociomuséologie : trajectoires croisées des théories (Mémoire)
Billie Drouard — S’en sortir ou non : le placement en institution de l’ASE, une école de la rue (Mémoire)
Roman
Mon Amour,
Tu es celui qui lit en moi comme dans un livre ouvert, celui qui anticipe mes réactions, qui ressent mes joies et mes peines… celui à qui j’ai toujours tout dit. Et pourtant, ça va te paraître étrange, j’ai absolument besoin de te raconter notre histoire.
Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre ?
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant ?
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre ?
Que serais-je sans toi que ce balbutiement ?
Aragon
Ouf… Enfin le week-end ! Entre obligations familiales et professionnelles, la semaine a encore été chargée, comme d’habitude !
Ce samedi soir, ce sera cinéma en amoureux… Moi, lovée sur ton épaule : la plus tendre façon de regarder un film ! On n’a pas encore choisi, on se laissera porter par notre envie au moment de partir. Nos goûts cinématographiques sont les mêmes, il n’y aura donc pas débat ! Et, après tout, pourquoi tout planifier à l’avance ? Être ensemble… voilà tout ce qui compte !
Bien que nous soyons déjà en mai, c’est le premier jour de beau depuis bien longtemps. Toutes les conditions sont réunies pour une sortie VTT avec tes fidèles acolytes : Philippe, ton frère, et Lulu, ton ami d’enfance. En tant qu’aîné, Philippe a eu le privilège de te suivre depuis le premier jour, et Lulu a quasiment appris à marcher à tes côtés. C’est dire si le trio a déjà bien roulé sa bosse et se connaît par cœur ! D’ailleurs, je ne sais pas si vous ne riez pas plus que vous ne pédalez sur vos vélos ! Un jour, j’aimerais bien vous suivre, juste pour voir…
Philippe vient manger avec nous ce midi. Vous partirez ensuite, tous les trois, pour une balade en forêt. C’est ta bouffée d’oxygène, ton sas de décompression. Une bonne façon de lancer le week-end, d’évacuer toutes les tensions de la semaine.
Hier soir, tu as organisé une soirée avec tes collègues. Coucher tardif, réveil matinal. Mais il en faut plus pour abattre un grand costaud comme toi, pas vrai ? Je vais faire quelques courses pour préparer le repas. À midi, ce sera lasagnes : des féculents pour l’effort, de la viande rouge pour les muscles… C’est que je le soigne, mon sportif ! Tu rentres du boulot à midi, fatigué, et néanmoins enjoué, tu l’es toujours quand tu reviens à la maison. Tu sais que tu regagnes ton havre de paix ; alors, tu as toujours la banane, et tu siffles en arrivant : mon oiseau de bonheur est de retour !
Tu me taquines en rentrant : ta routine, ton sport favori, juste après le foot et le VTT, ta façon à toi de dire « je t’aime ». Et Dieu sait que tu me taquines… alors qu’est-ce que tu dois m’aimer !
Notre foyer correspond en tout point à notre idéal, il est une source de bien-être inépuisable. Et « les enfants », comme nous continuons à les appeler, malgré leurs 20 ans passés, sont le magnifique prolongement de l’amour qui nous lie.
Bastien, le « petit », est encore au travail : il devrait rentrer vers 15 heures. Clément, l’aîné, a maintenant sa petite vie à Paris, avec ses amis et ses collègues. Même s’il saute régulièrement dans le train pour revenir aux sources, il n’est pas prévu qu’il rentre ce week-end.
Eh oui, nos enfants grandissent ! Ils ont encore un pied ici, et la tête ailleurs. Ils sont heureux, c’est tout ce qui nous importe, et ils ne ratent jamais une occasion de se joindre à nous : ça fait très plaisir… Nous ne sommes jamais aussi bien que lorsque nous nous retrouvons tous.
Nous formons un formidable quatuor : c’est l’accord parfait, jamais de fausse note. Nous avons coutume de dire : « Quand on est les quatre, le monde peut bien s’écrouler, peu nous importe ! » Une symphonie du bonheur à huit mains ! Ce n’est donc pas un hasard si un piano trône dans notre salon. Bastien en est le virtuose, je ne me défends pas trop mal, quant à Clément et toi… que dire ? Par courtoisie et honnêteté : rien ! Je m’abstiendrai… Il faut avouer que vous êtes plus balle au pied que clavier !
Nous sommes fiers de nos enfants, ils sont à l’équilibre : indépendants et reconnaissants. Il y a toujours une place pour nous dans leurs emplois du temps. On a des projets plein la tête : certains avec eux, d’autres sans.
Toi et moi, nous sommes fusionnels, inséparables. Nous faisons tout ensemble. Pourquoi ? C’est juste nécessaire et essentiel. Nous ne sommes épanouis que lorsque nous sommes tous les deux. C’est ainsi depuis la fin de l’adolescence. Ça ne s’explique pas, ça se vit… Tu me répètes toujours : « Quand on est tous les deux, il ne peut rien nous arriver. » Et je te réponds – invariablement : « Je n’aurai pas assez d’une vie pour t’aimer, tellement je t’aime ! » Quand tu es quelque part, j’y suis ! Des âmes sœurs !
Pédale à perdre haleine,
Avant que nous ne pédalions dans la semoule…
Moi
Le VTT, c’est ta passion : ton petit moment avec tes amis… C’est une des seules choses qui ne nous réunit pas, mes capacités physiques ne me permettent pas de vous suivre.
Avant votre départ, nous mangeons avec Philippe, dans une bonne humeur non feinte. On parle de tout, de rien, des derniers rebondissements familiaux – et ils sont nombreux – de l’été qui se profile, des projets de chacun. Dans un mois, on est en vacances ! Quinze jours tous les deux en tête-à-tête, loin des tracas du quotidien. On aime ces moments où l’on peut se recentrer sur nous quand, tout le reste du temps, on donne tellement aux autres.
Le repas terminé, vous vous activez pour vous préparer. Je range tranquillement la cuisine. Les tenues moulantes de cyclistes sont de sortie. Tu es toujours classe, mon homme, en costume, en jean, en short, et même en cuissard… Un rien t’habille ! Enfin, quand je dis un rien… un rien XXL, quand même – pour toi, mon géant hors normes.
Les chaînes sont graissées, les pneus gonflés à bloc… comme vous ; le départ est imminent. Tu charges ton vélo dans la voiture et tu démarres en faisant mine de partir sans te retourner, alors que tu sais très bien que cela est interdit par le règlement des inséparables ! Je stoppe la voiture en me plaçant derrière : « Tu ne crois quand même pas que tu vas partir sans un regard ! » Tu triomphes, tu as réussi ton coup… Au fond, tu n’attendais que ça ! Tu adores sentir combien tu comptes pour moi. Ton sourire est radieux, magnifique ; tes yeux bleus, espiègles… comme toujours. Nous nous embrassons comme si on se quittait pour six mois ; on a toujours du mal à se dire au revoir. Parfois, j’ai l’impression qu’on a toujours 15 ans… Heureusement que je t’ai retenu quelques secondes, parce que la séparation va durer bien plus de six mois… Si j’avais su, je t’aurais embrassé encore plus fort !
Un signe de la main et tu pars…
Quand on cherche avec le cœur…
On finit toujours par trouver.
Ton âme sœur
En attendant le cinéma de ce soir, je vaque à mes occupations du samedi, de femme de toi… euh pardon… de femme d’intérieur. Trop chouette, le ménage ! Bon, le temps passera plus vite ainsi, en attendant ton retour.
Bastien rentre du boulot. Il est crevé. Il travaille dur et, parfois, je m’inquiète de ce rythme effréné. Pour toi, « il faut travailler quand on est jeune ! » Je crois que le message est bien passé – lui qui travaille pour deux, voire pour trois. Il me fait une bise, et monte faire une sieste.
Tout est calme dans la maison quand, soudain, la porte de Bastien s’ouvre.
— Maman, Philippe a appelé, papa ne s’est pas senti bien… Il a fait un malaise… Les pompiers sont sur place. Qu’est-ce qu’on fait ? On y va ?
— Bien sûr qu’on y va ! Ils sont où ?
— Dans les bois…
— Tu n’as pas d’infos plus précises ? Autant chercher une aiguille dans une botte de paille !
— Non… je sais juste que c’est dans « les hauts » !
Nous partons à toute vitesse avec le peu d’indications dont nous disposons. Pour se protéger l’un l’autre, on ne se dit rien, on fait comme si… mais, au fond de nous, on sait que c’est grave… Je ne peux toujours pas te dire pourquoi, Mon Amour, mais on sait ! Sur le chemin, on appelle Clément, juste pour lui dire que tu as fait un malaise, qu’on n’en sait pas plus, qu’on le tient au courant dès que possible. Dans sa voix, on sent tout de suite que, lui aussi, a ce même terrible pressentiment. Promis, on se rappelle !
Nous nous enfonçons dans les bois, tête baissée – notre citadine transformée en 4×4. Aucune ornière ne lui résiste, le bas de caisse souffre, d’étranges bruits retentissent dans tout l’habitacle. Cependant, imperturbables, nous avançons, le souffle court et le cœur battant. Bastien, mon précieux copilote, improvise à l’instinct, directif à chaque intersection – à croire qu’il est guidé vers toi par une force invisible : « À droite ! Tout droit ! Là, à gauche ! » Et puis, tout à coup, face à nous, au-dessus d’une côte, le vertige des gyrophares qui tournoient. Nous t’avons enfin trouvé ! Ne me demande pas comment, c’est encore un mystère pour nous !
On bondit hors de la voiture. Sur place, pompiers, gendarmes, hélicoptère… Lulu, en larmes, nous supplie de ne pas approcher ; moi, je n’ai qu’une seule idée en tête : te voir, te parler, te prendre dans mes bras pour te dire que tout va bien se passer. Te rappeler que « quand on est tous les deux, il ne peut rien nous arriver ! »
Le sentier est en montée, Bastien et moi courons, les cailloux roulent sous nos pieds, le déséquilibre nous guette : peu nous importe, nous fonçons jusqu’à ce qu’une blouse blanche nous stoppe en plein élan. À bout de souffle, exsangue, je crie :
— Je veux le voir, je veux lui parler. Je veux qu’il entende ma voix !
— C’est trop tard, Madame… il est déjà parti…
— C’est trop tard, Madame… il est déjà parti…
— C’est trop tard, Madame… il est déjà parti…
Tel un écho, cette phrase résonne dans ma tête et se répète à l’infini. Je ne la comprends pas ou, plutôt, j’ai trop peur de la comprendre.
Bastien et moi tombons dans les bras l’un de l’autre, et nous mettons à hurler. Hurler pour que tu nous entendes, pour que tu reviennes, pour que tout cela ne soit pas vrai, pour ne pas mourir de chagrin, ici et maintenant ! J’ai le sentiment que mon corps me quitte. Je meurs de soif. Je suis en chute libre dans un précipice sans fond. Mes oreilles bourdonnent. Un silence assourdissant enveloppe la clairière. La nature se tait. Tout semble suspendu ; le monde est à l’arrêt…
Comme d’habitude, tu es parti faire du vélo. Comme d’habitude, tu es parti en chahutant. Comme d’habitude, je t’ai embrassé. Comme d’habitude, je t’ai attendu – parce que tu es ma raison d’être et d’exister. Mais aujourd’hui, tout a changé : tu ne rentreras pas… pas comme d’habitude !
La médecin s’approche de moi, le visage grave ; visiblement, ce qu’elle a à me dire lui coûte. Elle parle lentement, chuchote presque, s’arrête entre chaque mot, sans doute pour absorber un peu le choc et me laisser le temps de l’encaisser…
— Voilà ce qui s’est passé, il a fait ce qu’on appelle un infarctus massif. Il n’y a rien à faire. Même s’il s’était trouvé à l’hôpital au moment où cela s’est produit, personne n’aurait rien pu faire : c’est malheureusement fatal… Cela représente un cas sur 20, et reste encore assez inexpliqué à ce jour.
Pourquoi, Mon Amour, être ce cas sur 20 ? Pourquoi faire dans l’inexplicable ?
Puis, un flash : Clément ! Mon Dieu, Clément ! Je rassemble le peu de force qu’il me reste, instinct maternel oblige. Comment est-il possible de devoir appeler son fils pour lui annoncer que son père n’est plus ?
— Clément, c’est maman, écoute-moi… Je suis désolée, Clément… Papa est mort… Je prononce ces mots tel un automate qui lit un script vide de sens. Je n’arrive pas à croire ce que je dis – c’est tellement absurde, tellement inconcevable. À l’autre bout du fil, SILENCE… Clément raccroche.
Je le connais, notre Clément… Trop de douleur ! Il n’a pas pu faire autrement. Pourtant, soudain, j’ai peur… terriblement peur qu’il fasse une bêtise. Je garderai de ce coup de fil un souvenir traumatique qui me hantera de longues semaines. Mon Amour, j’aurais tellement voulu le serrer fort dans mes bras au lieu d’être là, paumée, pendue à mon téléphone, et, lui, seul à Paris.
Cinq interminables minutes plus tard, il me rappelle :
— Je fais ma valise et je prends le premier train. Je te fais un message pour te confirmer mon heure d’arrivée.
Pourquoi toi, pourquoi nous ? Pourquoi maintenant… Pourquoi pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi… – ce n’est que le début… je suis partie pour des mois de « Pourquoi ? »
Philippe et Lulu pleurent. Ils s’en veulent de n’avoir rien pu faire alors qu’ils étaient avec toi. Comment auraient-ils pu faire quelque chose, les pauvres, puisqu’il n’y avait rien à faire. Ils vont devoir surmonter le choc de t’avoir vu tout à coup à terre, emporté par une mort brutale et violente, contre laquelle ils n’ont pas pu se battre. Trois minutes avant, alors qu’ils t’attendaient, tu les rejoignais en leur lançant « Alors, on m’attend, les cons ? » : ta façon à toi de témoigner ton affection à ceux que tu aimes. Maintenant, c’est nous qui sommes là, comme des cons, dans ce chemin.
— Je veux le voir ! Je VEUX le voir… je vous en supplie… LAISSEZ-MOI LE VOIR !
— Oui, Madame, vous pourrez le voir. Le massage cardiaque a laissé quelques traces, les équipes médicales le préparent… Encore quelques minutes, et ce sera possible !
Nous attendons tous – hagards – des minutes… ou des heures… je ne sais plus… Bastien et moi en mode siamois, collés l’un à l’autre, pour ne pas tomber ! Le temps n’existe plus. Jour, nuit ? Soleil, pluie ? Bruit, silence ? Je ne sais pas. Je suis sourde, aveugle, muette, absente, désespérée. Malgré tout, je reste « Maman » dans l’épreuve. Je voudrais tellement épargner Bastien, mon trésor ; le protéger pour qu’il n’ait pas à subir tout cela. Je suis un bien piètre bouclier, face à la force de cette épouvantable déflagration… !
Enfin, le feu vert ! Bastien et moi accourons, stoppés net, tétanisés par la vision de ce linceul blanc au sol, de ton corps qu’on devine au travers. Scène digne d’un si mauvais polar que, pendant longtemps, Bastien reverra en boucle cette image de toi, gisant.
Il était une fois un merveilleux conte qui tourne au cauchemar de fée. Un de ces jours, où tout bascule à jamais. Où la vie s’en va. Où l’enfer s’en vient. Où se relever devient le défi de tous les instants ! Je me précipite sur toi, et je te serre contre moi. Je vois toute notre vie défiler. Je te serre encore et encore, comme si la chaleur de mon corps pouvait réchauffer le tien et lui redonner vie.
— Mon Amour, ce n’est pas possible ! Dis-moi que ce n’est pas vrai ! Je t’en supplie, dis-le-moi !
Mais tu ne dis rien… Tu restes désespérément silencieux.
Malgré le nombre de personnes sur place, dans un périmètre si réduit sur cet étroit chemin, c’est un silence de plomb qui nous écrase tous – médecins, pompiers, gendarmes, Lulu, Philippe, Bastien et moi.
Silence… brusquement interrompu par une sonnerie de téléphone : c’est le tien ! Et si c’était toi qui appelais ? Tout semble si surréaliste ! Tu te rappelles, Fanou et Lolo sont de passage pour le week-end, on devait trouver un créneau pour se voir. Je décroche.
— Allo…
— Ah ben, c’est toi qui décroches ? Juste un petit coup de fil pour te dire qu’on est bien arrivés et qu’on sera à l’heure pour l’apéro demain si vous êtes dispo !
Fanou est enjoué.
— Fanou… Je suis dans une forêt… il est parti faire du vélo… Mon Amour est décédé… Je suis près de lui.
— QUOI ? … Je te laisse on se rappelle.
Le silence retombe de plus belle.
Téo nous rejoint. Téo, c’est le double de Bastien, même âge, même folie ! Un petit clown, le sourire accroché aux lèvres, l’ami de toujours et le fils de Lulu. Il a mal. Il est tellement désolé de voir son père et son super pote effondrés. Je sais aussi qu’il t’aime beaucoup. Il a la tête des mauvais jours, notre Téo. Il est mutique, mais il est là, c’est tout ce qui compte.
Nous restons des heures dans cette forêt où tout semble s’être figé. Il nous faut attendre encore et encore. Attendre que les gendarmes présents confirment ton décès. Attendre qu’eux-mêmes en obtiennent l’autorisation. De qui ? De quoi ? Je n’en sais rien, et peu m’importe. Je la leur donne, moi, s’il le faut, cette foutue permission !
Philippe, Lulu, Bastien et moi sommes présents physiquement, mais absents à nous-mêmes. Plongés dans un brouillard cotonneux, perdus, nous ne savons plus où nous en sommes. Nous nous enlaçons. Nos jambes ne nous portent plus… Nous tombons à terre. Nous nous relevons tels des pantins désarticulés dans un ballet funeste sans fin, à l’image des semaines, des mois, qui nous attendent… sans toi, Mon Amour. Tchaïkovski nous joue La claque du Cygne.
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Dans le cadre de sa politique d’ouverture aux sciences humaines et sociales et de valorisation de la recherche, Le Lys Bleu Éditions lance la première édition de son Prix scientifique ! Cet événement annuel a pour vocation de distinguer des travaux académiques de haut niveau et d’accompagner leur publication. En 2026, Le Lys Bleu attribuera
afin de récompenser des travaux scientifiques de grande qualité en sciences humaines et sociales : arts et esthétique, droit, histoire et géographie, linguistique, littérature et critique littéraire, philosophie, psychologie, sciences économiques et de gestion, sciences de l’information et de la communication, science politique et géopolitique, sciences de l’éducation, sociologie. Toutes les aires géographiques sont évidemment les bienvenues.
Les travaux doivent témoigner :
Sont recevables les candidatures des jeunes docteurs et étudiants ayant soutenu leurs travaux de recherche entre le 1er décembre 2024 et la clôture des inscriptions. Les manuscrits doivent être transmis exclusivement par voie électronique, impérativement accompagnés des coordonnées de l’auteur (adresse postale, mail, téléphone) et :
Les candidatures sont à adresser en un seul envoi à l’adresse suivante : [email protected] en indiquant en objet « Prix sciences humaines et sociales – thèse » ou « Prix sciences humaines et sociales – mémoire », suivi de la discipline, à choisir obligatoirement parmi les suivantes :
Les travaux seront examinés par un jury pluridisciplinaire composé d’universitaires et de chercheurs, de directrices et directeurs de collection en sciences humaines et sociales et de professionnels de l’édition :
Paul Chagnollaud – Professeur à CY Cergy Paris Université.
Joëlle Chassin – Enseignante à Université Sorbonne Nouvelle Paris 3.
Dominique Chateau – Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.
Marie-Claude Esposito – Université Sorbonne Nouvelle Paris 3.
Michel Galy – Chercheur à l’Institut des relations internationales.
Gabriella Giansante – Université G. d’Annunzio de Pescara. Auteure du livre Choix de voix féminines dans la littérature contemporaine du Maghreb
Thierry Lambert – Professeur à Aix-Marseille Université.
Christine Manigand – Sorbonne Nouvelle Paris 3.
Nicolas Pélissier – Université Côte d’Azur.
Jacques Poulain – Université Paris 8.
Les résultats seront communiqués directement par courriel aux candidats et publiés sur le site de la maison d’édition. Les lauréats seront officiellement distingués lors d’une cérémonie de remise des prix, organisée sur site universitaire par Le Lys Bleu, en présence des membres du jury et de personnalités du monde académique et éditorial.
Les lauréats bénéficieront notamment :
Ils disposeront de 5 exemplaires de leur ouvrage. Les ouvrages primés seront par ailleurs publiés dans une collection dédiée, et la mention du prix figurera en couverture.
Vous avez aimé nos dernières sorties ? Venez en discuter de vive voix avec ceux qui les écrivent ! Le Lys Bleu Éditions est fier d’annoncer la présence de ses auteurs à deux rendez-vous littéraires importants de ce début d’année : le Salon du Livre Africain de Paris (du 20 au 22 mars 2026) et le Salon « Livre en Fête » de Sigean (le 28 février 2026).
Le 28 février, c’est à Sigean, pour la 12ᵉ édition du Salon « Livre en Fête » de Sigean, que nos auteurs occitans et nationaux se retrouveront. De 09 h 30 à 17 h au gymnase Pierre de Coubertin, vous pourrez échanger avec Cédric Duffort, Eugène De Moffarts, Yoan Sadarnac, Philippe Chartier, Richard Azéma et Robert Tello-Bermejo.
Du 20 au 22 mars, la Halle des Blancs Manteaux (Paris 4ᵉ) deviendra l’épicentre de la pensée et de la création littéraire du continent. Le Lys Bleu y présentera une délégation d’auteurs aux thématiques fortes :
Vendredi 20 mars : Retrouvez l’expert Etienne Fakaba Sissoko pour une immersion romanesque avec Le carnet de Sabu et Bassira. Il partagera l’affiche avec Alpha Oumar Diallo, qui vient de publier D’Alpha à Amadou – le voyage du légionnaire pour une ouverture riche en témoignages.
Samedi 21 mars : place à la fiction et au récit avec Sadio Doucouré, Gaëlle Nelly Ndjinto et Assanda Hyacinth Assi, explorant les questions d’identité et de parcours de vie.
Dimanche 22 mars : Clôture avec Serge Eric Menye, ainsi que Jorge et David Brites, dont les ouvrages respectifs Le mythe des diasporas africaines et Les masques blancs peuvent-ils tomber ? traitent avec finesse du mythe des diasporas africaines et de l’interculturalité.
Nous tenons à saluer la réussite du Festival « Des Livres et des Mots » (7-8 février), où Brigitte Le Moigne, Robert Tello-Bermejo, Solène Tavernier, Sanaa Khoury-Ortega et Jean-Pierre Yvorra ont brillamment représenté le Lys Bleu face à la mer.
La Journée internationale des droits des femmes est l’occasion de mettre à l’honneur des récits qui explorent la complexité des trajectoires féminines contemporaines. Lire au féminin, ce n’est pas enfermer la littérature dans une catégorie : c’est reconnaître des voix qui interrogent l’amour, l’identité, la maternité, la liberté et la reconstruction. Ces cinq œuvres transforment l’intime en un cri universel, donnant un corps et une voix à ce qui nous lie tous.
Avec L’enfer de ses yeux, Jeanne Leray éclaire les mécanismes de l’emprise amoureuse et le long chemin vers la libération intérieure. Un roman fort sur la dépendance affective et la reconquête de soi.
Dans Voyage vers l’autre genre – Naissance d’une femme trans, Zoé Jouveau livre un témoignage intime sur la transition et l’affirmation de son identité. Un récit courageux, porté par le désir d’être pleinement soi.
Certains deuils ne laissent pas de traces visibles. Pourtant, ils bouleversent une vie entière. Dans ce premier récit, Juliette Marec raconte avec une sincérité saisissante son parcours en PMA et la perte précoce d’une grossesse.
Dans Carpe Diem , Roghayeh Vaezi interroge l’illusion des apparences et la pression des réseaux sociaux, invitant à retrouver l’authenticité du moment présent.
Enfin, Sous le ciel bleu de Luisa Brome de Sousa raconte la renaissance d’une femme après l’effondrement de ses certitudes.
Ces cinq ouvrages dessinent un panorama riche des expériences féminines contemporaines : se libérer d’une relation toxique, affirmer son identité, traverser un deuil invisible, résister aux illusions modernes, renaître après la rupture.
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