Le grand projet de Bernhard a toujours été d’écrire une « condamnation définitive de l’intelligence », et cette condamnation, naturellement intelligente, entraînera dans sa foulée celle de la raison, de la logique et des concepts. Attila littéraire et « comico-philosophique », où il a chevauché, rien de sensé ne pourra repousser – d’autant plus que tout ce que Bernhard a pensé sera dé-pensé, tout ce qu’il a dit contredit ; c’est un peu la politique de Pénélope : un point à l’endroit, l’autre à l’envers, immédiatement sinon plus tard.
Bernhard objecte à tout ; sa phrase est un mécanisme à détruire les concepts qu’elle a utilisés ; de TOUT, RIEN ne doit rester ; lui-même est naturellement compris dans sa tabula rasa : « tout ce qu’on dit est absurde, mais nous disons tout de même ces absurdités de manière persuasive ».
Oui, la manière, c’est ça qui compte : l’esprit, la forme, le style et l’art, évidemment – mais surtout la musique, exsudée par l’écriture à ces moments, toujours exceptionnels, où elle décolle ; eux seuls survivent à la dévastation ; l’art qui dit l’absurdité peut lui-même être absurde, il se trouve que Bernhard s’y sent bien ; car il écrit primo pour se soulager, secundo pour son plaisir, et ça, ce n’est pas absurde.
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